Par Daniel ROOK
AFP - Jeudi 14 fevrier
TOKYO (AFP) - La croissance de l'economie japonaise a battu toutes les previsions au quatrieme trimestre 2007 grace a la bonne tenue du commerce exterieur et de l'investissement, meme si un ralentissement semble inevitable a court terme du fait des problemes aux Etats-Unis. Le produit interieur brut (PIB) de la deuxieme economie mondiale a progresse de 0,9% pendant le trimestre d'octobre a decembre par rapport au trimestre precedent, et de 3,7% en rythme annuel, a annonce jeudi le gouvernement. Pour l'ensemble de 2007, la croissance economique a ete de 2,1%. Les economistes ne s'attendaient en moyenne qu'a une croissance de 0,4% au quatrieme trimestre par rapport au troisieme et de 1,5% en rythme annuel, selon un sondage realise par le quotidien Nikkei aupres de 23 d'entre eux. Le chiffre annonce a meme depasse les previsions les plus optimistes des analystes.
La bonne surprise a ete saluee par la Bourse de Tokyo, ou l'indice Nikkei a termine la seance de jeudi sur une tres forte hausse de 4,27%. L'economie japonaise s'affiche ainsi en croissance pour le deuxieme trimestre d'affilee, apres une contraction au deuxieme trimestre 2007. Les investissements en capital des entreprises, qui ont augmente de 2,9% par rapport au trimestre precedent, et les exportations (+2,9% egalement) ont ete les principaux moteurs de l'expansion de la fin 2007. Ils ont compense la forte chute (-9,1%) de l'investissement immobilier, plombe par une nouvelle loi parasismique draconienne qui, entree en vigueur en juin, a pour effet de retarder les delivrances de permis de construire. Le gouvernement s'est toutefois garde de crier victoire, la plupart des economistes pronostiquant des jours plus sombres en 2008 a cause de la baisse de la demande des Etats-Unis, principal client des exportations japonaises. "L'economie des Etats-Unis etant en train de ralentir, il est tout a fait possible que l'economie japonaise ralentisse egalement temporairement", a reconnu la ministre de la Politique economique et budgetaire, Hiroko Ota.
Selon Naoki Murakami, economiste chez Goldman Sachs, tout triomphalisme serait en effet deplace, les bons chiffres du quatrieme trimestre etant surtout dus a des facteurs purement techniques, notamment la revision a la baisse de la croissance du troisieme trimestre (+0,3% au lieu de +0,4%). Selon lui, "a en juger par l'activite que prevoient les entreprises en janvier et fevrier, la production est deja entree dans une phase descendante en raison d'un ralentissement des exportations. Les exportations ont soutenu la croissance en octobre decembre, mais cela ne va pas durer longtemps". "Si la production diminue conformement aux previsions (des entreprises), l'economie japonaise entrera a coup sur en recession", a ajoute M. Murakami. "L'impact negatif du ralentissement de l'economie etatsunienne se refletera sur l'economie japonaise a partir de maintenant", a predit lui aussi Mamoru Yamazaki, economiste chez RBS Securities, qui prevoit cependant "une pause de la croissance" plutot qu'une vraie recession.
Les bons chiffres du PIB reduisent par ailleurs la probabilite d'un assouplissement monetaire d'urgence par la Banque du Japon (BoJ), dont le comite de politique monetaire a entame jeudi une reunion de deux jours.
Les statistiques de jeudi "diminuent la pression pour que la BoJ abaisse les taux d'interet", a estime Taro Saito, economiste au NLI Research Institute. Le loyer de l'argent au Japon est le plus bas du monde industrialise (0,50%). La plupart des economistes jugent que, du fait de la crise financiere mondiale, la BoJ ne pourra l'augmenter avant la fin 2008 au plus tot.