Par AFP
Les services de secours ont lance un avertissement aux consommateurs qui seraient tentes de remplir a tour de bras des jerrycans pour profiter des prix temporairement bas, rappelant que l'essence s'evapore et s'enflamme facilement. Les prix de l'essence, qui etaient d'environ 150 yens (0,97 euro) par litre, ont brusquement chute de 25 yens par litre apres l'expiration le 31 mars a minuit d'une taxe speciale sur les prix de gros en vigueur depuis 1974. Cette taxe est normalement reconduite d'annee en annee, mais cela n'a pas ete le cas cette fois-ci en raison du blocage politique que vit actuellement le Japon.
Certaines stations-service ont immediatement repercute la disparition de la taxe sur leurs prix de vente, provoquant des files d'attente d'automobilistes avides de profiter de l'aubaine. "Nous avons tout simplement reduit le prix de 25 yens pour repondre aux attentes des clients", explique Seiji Sakurai, gerant d'une station-service de Tokyo prise d'assaut par les consommateurs sous le soleil d'avril apres avoir affiche un tarif de 119 yens par litre. "C'est terriblement bon marche!", se rejouit Megumi Tanaka, une cliente qui patiente dans la longue file de voitures devant la pompe. "Je n'ai plus besoin de me retenir d'acheter de l'essence", exulte-t-elle. La majorite des etablissements --pres de 80% selon le quotidien economique Nikkei-- ont toutefois decide de maintenir les prix anterieurs pendant quelques jours. "Nous devons vendre nos stocks deja constitues avant de reduire les prix de l'essence, car sinon nous subirons des pertes", explique Joji Kawakami, gerant d'une station-service du centre de Tokyo. "Le blocage politique actuel est vraiment facheux. C'est dur d'expliquer aux clients les perspectives d'avenir des prix de l'essence", se plaint-il.
Un de ses clients, Koji Nishikawa, est compatissant. "Je suis desole pour les gerants de stations-service qui sont sous pression pour casser leurs prix", dit-il, fustigeant les responsables politiques. "Je me demande si les politiciens se soucient vraiment du bien-etre quotidien des gens. On dirait qu'ils ne s'interessent qu'a leurs interets partisans", critique-t-il. L'imbroglio illustre l'affaiblissement du gouvernement conservateur de Yasuo Fukuda, bien en peine de faire passer la moindre loi en raison de l'obstruction du Senat, controle depuis l'an dernier par l'opposition de centre-gauche. Le produit de la taxe sur l'essence, instauree a titre "temporaire" en 1974 et toujours reconduite jusqu'a present, servait a financer les travaux routiers au Japon. L'opposition y voyait un symbole du clientelisme, dans un pays ou les responsables politiques ont la facheuse habitude d'acheter des voix dans les provinces en echange de grands chantiers d'infrastructures.
L'opposition exigeait que le produit de la taxe soit verse au budget general de l'Etat. N'ayant obtenu satisfaction, elle a bloque son renouvellement au Senat. M. Fukuda calcule que l'abandon de la taxe entrainera pour l'Etat un manque a gagner de 2.600 milliards de yens (16 milliards d'euros) par an. Le gouvernement peut passer outre en faisant voter cette taxe par les deux tiers de la Chambre des deputes, ou il dispose d'une majorite ecrasante. Mais cela devrait prendre encore plusieurs semaines, pendant lesquelles les stocks d'essence du pays risquent fort d'etre devalises.